Votre livre est mon île

Ne croyez pas trouver dans ce billet une analyse détaillée de ce qui s’est dit pendant ou après le salon Numér’île d’Ouessant.  Je n’en ai ni l’envie, ni la capacité. Quel est donc le but de ce billet ? Faire partager ce que j’ai vécu et ressenti lors de cette journée. Ecrire, décrire, me laisser une trace. Débuter ce blog nombriliste par un long article.

Votre livre est mon île

Début août, j’ai décidé que le week-end du 21 août, j’irai sur Ouessant au salon du livre insulaire, et tout particulièrement voir sa branche numérique, Numér’île. Je n’étais jamais allé sur Ouessant, et j’avais en plus envie de revoir Yal Ayerdhal et Sara Doke.
En fait, l’aventure a débuté deux jours plus tôt que ce week-end là, en visitant un lien, probablement donné sur Facebook ou par Twitter, je ne me rappelle plus. Ce lien menait à une page web diffusant en streaming une des conférences du salon. Cette page m’a permis de suivre les deux conférences des jeudi et vendredi après-midi.
Déjà, et ceci même si la personne en charge de la technique avait du mal à régler le son, cette diffusion en temps réel m’a surpris. J’ai fait quelques salons littéraires et festivals, entre autres les Utopiales de Nantes et les Imaginales d’Epinal, depuis 2000 pour Nantes, et jamais il n’y a eu de diffusion vidéo sur le net des interventions, encore moins en direct.
J’ai donc pu suivre, avec grand plaisir et intérêt, deux confs, en discutant en même temps par le chat et twitter avec #GwenCatala, qui s’occupait des réglages.
Le principe, les outils sont certes à améliorer, mais la base était là. Ecouter des intervenants à l’autre bout du monde, réagir en temps réel par écrit, donner son avis, commenter, pour voir ensuite son commentaire à son tour commenté par les intervenants, comme si j’avais été avec eux dans cette salle de classe transformée en place publique.
Dès la première diffusion, j’ai pu écouter Yal Ayerdhal et Thierry Crouzet. Et ainsi mettre un visage, une voix, un accent sur ce dernier nom.
J’ai du être d’accord avec la majorité de ce qui s’est dit, et en désaccord avec certains points de vue, mais mon avis sur la question importe peu. Ce n’est pas tant le fond, mais la forme qui m’a plu. Le fond était hautement intéressant, polémique à souhait, volontairement incisif, mais participait à une forme étonnante. Imaginez une salle de classe de primaire, un public assis sur des chaises ou des coussins au sol, à écouter deux auteurs parler de leur vision du monde éditorial numérique. Sur l’impact et les conséquences de leurs discours, j’y reviendrais à la fin de cet article.
Ces deux interventions m’ont vraiment données envie de voir en vrai tout ce petit monde.

Le bateau au départ du ConquetJe suis donc arrivé sur le port du Conquet le samedi matin de bonne heure, vers les 7h15. Un petit passage en revue des personnes présentes à l’embarquement me conforte dans l’idée que sur Ouessant, je ne connaîtrai personne à part Sara Doke et Yal Ayerdhal. Une légère brume, un temps gris allait nous accompagner. Mais ça n’a en rien entaché ma bonne humeur, ma joie même d’aller à ce salon. Au contraire.
Sur le port, devant le bateau amarré, je twitte mon embarquement imminent, et poste ma destination sur Facebook.
La traversée se déroule de manière agréable. J’avais amené ma liseuse pour commencer à lire un des livres de Thierry Crouzet mais mon Opus a eu la bonne idée de se décharger complètement dans la nuit, bug à la con qui revient de temps en temps. J’ai donc profité de la mer, du ciel gris et de la fraîcheur matinale en rêvassant.
Après un arrêt à Molène sous un ciel bleu et un soleil naissant, nous voilà arrivés au port de Ouessant. La journée peut enfin réellement commencer.
Peu après mon arrivée sur l’île, mon téléphone me prévient d’un twitt qui m’est directement destiné. C’est Thierry Crouzet, que je n’ai jamais rencontré, qui me donne la localisation de son hôtel ainsi que son numéro de portable. Me voilà donc prévenu, je suis attendu.
Une petite balade dans le bourg, un café au bar d’un des hôtels, puis direction le salon. Là de nouveau l’étrange sensation. Je vais à un salon littéraire, numérique de surcroît et je suis à déambuler en bord de mer, dans des petites ruelles fleuries, croisant de temps en temps quelques moutons noirs.

Quelques moutons

Arrivé sur le salon, je trouve Yal et Sara, accompagnés de Thierry Crouzet, d’Isabelle, sa compagne et de Lorenzo Soccavo. Très rapidement je suis mis dans l’ambiance amicale, décontractée. Yal m’informe que je suis désigné volontaire pour intervenir dans l’après-midi dans une conf « pirate », décidée la veille au soir, au pub. Bien entendu, conf rediffusée en direct. J’accepte avec grand plaisir, d’autant plus que je pourrai ainsi parler un peu d’Angle Mort au reste du monde.
Les discussions se poursuivent dans un bar et la surprise continue. Nous sommes rejoints rapidement par Clément Monjou et Alexis Jaillet, les deux acteurs d’e-bouquins. Deux tables accolées suffisent tout juste à accueillir le matériel de chacun, destiné à préparer la conf à venir. Chacun y va de son iPad, sa liseuse Opus ou Kindle, son ordinateur ou son smartphone pour illustrer son avis, montrer les nouveautés ou les résultats de telle ou telle transformation de texte. Le contenu de l’intervention se construit petit à petit, le sujet principal émerge également des discussions. L’édition numérique, mode d’emploi. Les discussions, dont le sujet a été abordé lors des précédentes interventions, continuent et c’est avec un plaisir non dissimulé que je donne mon avis, partage mes idées.
Vient l’heure du déjeuner, pendant lequel je rencontre Gwen Catala, de numeriklivre et les discussions sur le numérique se poursuivent.
Quand vient l’heure de la conf, nous nous rendons tous dans cette salle de classe. Et là la technologie reprend le pas. Chacun twitte la diffusion imminente de l’intervention, la caméra numérique et l’Iphone utilisés pour filmer sont installés, les essais de sons commencent. Les liseuses et iPad sont de nouveau de sortie.
La conférence complète, je l’espère, sera visible bientôt en podcast. J’ai hâte de voir et réécouter ce que j’ai pu dire. J’avoue ne pas trop m’en souvenir. Le passage sur Angle Mort a été rapide, je crois. Ensuite, je suis intervenu à la débotté, en expliquant pourquoi je lis sur mon Opus et quels en sont les avantages.
Cette conf n’a eu d’intérêt que parce qu’elle était filmée et qu’elle sera accessible ensuite en podcast. En effet, le public présent physiquement était assez limité en nombre, et l’auditoire du net également. L’impact direct étant donc proche du zéro. Par contre, cette conférence a eu lieu, on pourra en revoir des passages, et c’est en cela qu’y avoir été me plait. Et j’espère quelle laissera une trace numérique.

Ne sachant pas trop comment le retour se passait, la navette et le bateau, j’ai donc préféré m’éclipser assez tôt, alors que Yal parlait. Il s’avère que j’avais vu trop large, que j’aurai pu tout à fait rester un quart d’heure de plus, voire repousser le retour d’une heure en prenant le bateau suivant. Mais je suis parti heureux d’avoir passé cette journée là, d’avoir rencontré toutes ces personnes. Je suis certain que ceux qui m’ont croisés sur la route menant au village m’ont vu sourire.
Je remercie du fond du cœur Yal et Sara de m’avoir embarqué dans cette journée, également Thierry et Isa pour l’accueil au sein du groupe de passionnés de l’édition numériques, tous aussi sympas les uns que les autres. Fous aussi ils sont.

Plus j’y pense et plus je me dis que cette journée de samedi s’approchait d’une TAZ. Cette TAZ, décrite par Akim Bey, que j’ai découverte il y a quelques années. Et dont je commence seulement maintenant à appréhender les contours, les idées.
Bien entendu , l’analogie avec la TAZ ne concerne que ce que j’ai vu du salon, les deux après-midi en streaming et ce samedi, et que la partie numér’île du salon ouessantais.
Quelques exemples rapides :
Akim Bey dit : “La TAZ est comme une insurrection sans engagement direct contre l’État, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d’imagination) puis se dissout, avant que l’État ne l’écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l’espace.” Cette phrase me fait penser à la conférence du jeudi après-midi,  avec Yal et Thierry
Là encore :
La TAZ est «utopique» dans le sens où elle croit en une intensification du quotidien ou, comme auraient dit les Surréalistes, une pénétration du Merveilleux dans la vie. Mais elle ne peut pas être utopique au vrai sens du mot, nulle part, ou en un lieu-sans-lieu. La TAZ est quelque part.
Je relie ça à l’utopie du discours de certaines revendications de Thierry Crouzet et à la localisation de l’événement sur cette île.
Et ça :
La TAZ occupe un lieu temporaire, mais actuel dans le temps et dans l’espace. Toutefois, elle doit être aussi clairement «localisée» sur le Web, qui est d’une nature différente, virtuel et non actuel, instantané et non immédiat. Le Web offre non seulement un support logistique à la TAZ, mais il lui permet également d’exister; sommairement parlant, on peut dire que la TAZ «existe» aussi bien dans le «monde réel» que dans l’«espace d’information».
Les conférences ont existé, pour ceux qui n’étaient pas sur l’île, grâce au web. Une fois les conférences terminées, l’espace occupé a disparu. La conférence du samedi était “pirate” parce que non prévue au programme et pilotée par Yal et Thierry, avec un contenu préparé par leur soin, en dehors des sentiers du salon. L’endroit utilisé a été en quelque-sorte occupé; réquisitionné par ces deux intervenants.

Voilà, ce n’est pas une analyse hautement scientifique, juste un ressenti.

En tout cas, l’année prochaine, j’y retournerai au moins deux jours. Parce que de Ouessant je n’ai rien vu. Et que cette journée m’a donné envie d’y retourner. En hiver, l’île doit aussi être très belle.

Digiborigène je suis.

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Playlist musicale :

Lors de l’aller/retour en bateau :

  • le vent dans les oreilles

Lors de la rédaction de l’article :

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