Pirater les livres numériques, c’est mal

Amateur de littérature de l’imaginaire et lecteur numérique, je suis effaré de l’offre numérique française du genre. Je parle de celle qui est légale, bien entendu. Je suis allé sur les différentes plateformes de distribution, et c’est à se taper la tête contre le mur. Soit l’offre est limitée voire inexistante soit la navigation est mal foutue et y trouver un livre de science-fiction est quasi impossible, je ne parle pas des prix exorbitants et des fichiers vendus avec une DRM (protection contre la copie). Sur une des plateformes, on ne sait même pas qui est l’auteur du livre présenté.

Les éditions du Bélial ont amorcé le virage vers le mieux en sortant une plateforme de  distribution de leurs livres numériques. Plateforme bien foutue, pratique, pas très cher et sans DRM  et qui permet même d’acheter des nouvelles à l’unité. Mais voilà, ils sont les seuls !

Vite, que tout cela change !

Je ne pense pas que le changement va arriver par les gros groupes de l’édition. Déjà les livres numériques ne seront pas vendus à un prix en dessous du poche papier, voire avec un prix entre le prix du poche et le prix du grand format papier. Ceci dans le but clairement exprimé de protéger la chaine du poche. Et par bonheur un livre se voit enrichi au niveau du contenu par de la vidéo, des liens, une interview etc. ça sera encore plus cher. C’est un grand n’importe quoi. Allez expliquer à un lecteur lambda qu’il va payer plus cher qu’un livre physique en poche l’identique version numérique dématérialisée.
Arrive ensuite le sujet des DRM. Les pirates font trop peur, les réseaux P2P aussi. J’aimerais bien que l’on publie le coût de la hot-line utilisateur et technique apparue avec cette gestion de DRM. De plus, expliquez calmement à une personne comme mon père, qui à 60 balais tassés gigote péniblement du mulot pour lire ses mails, qu’il va falloir qu’il « enregistre » sa liseuse, que je ne pourrais vraisemblablement pas lui prêter des livres que moi j’ai acheté, parce que trop pénible à effectuer, que s’il change de liseuse il devra, si c’est possible, refaire valider ses livres ou son logiciel de téléchargement ou je ne sais quoi. (Un exemple concret d’aberrations amenées par les DRM )

Et bien si le livre numérique est cher, pas grave, les droits d’auteurs sont en conséquence, vu que le numérique supprime certains intermédiaires. Que nenni, le pourcentage des ventes numériques reversé aux auteurs est le même que pour un livre papier. Forcément, ai-je encore entendu, les coûts qui ne sont pas induits par la distribution physique se retrouvent sur des postes apparus magiquement numériquement…

Je résume : un livre numérique plus cher que le même livre en poche, une DRM qui bloque techniquement le lecteur et des auteurs qui ne sont pas mieux rémunérés.

Mesdames et messieurs les gros éditeurs français, vous allez générer exactement ce dont vous agitez le spectre et qui vous permet de justifier fallacieusement le coût des ebooks. Les auteurs ne vont pas vous donner les droits pour du numérique, dès le début les lecteurs ne vont pas acheter parce que trop cher et contraignant, donc peu d’offre, du moins bien moindre que l’offre papier, donc les pirates vont se régaler. Ils vont diffuser à votre place les livres que vous ne voulez pas diffuser ou que vous essayerez de vendre à prix d’or. Ça a d’ailleurs débuté. Regardez du côté de la Team Alexandriz. Ils diffusent entre-autres des ebooks de livres papiers. Et ces ebooks ne sont pas que des ebooks à la DRM crackée, mais des ebooks fait amoureusement à la main, avec des scanners et des appareils photos numériques bien de chez nous, avec des outils de reconnaissance de caractères bien puissants, et des scripts qui transforment, épurent et décoquillent le travail. Du travail de pro, si je puis dire. Et ils diffusent dans tout un tas de formats bien pratiques. Personnellement, j’aime bien leurs epubs, ils sont nickels. Et récupérer un fichier est d’une simplicité affligeante. Aucun enregistrement pénible de ma liseuse, je veux un PDF j’ai un fichier avec une extension PDF etc.

Si les gros éditeurs pouvaient comprendre que leur lobbying cette fois-ci ne leur profitera pas. Il est nécessaire de proposer du contenu légal facile d’accès, peu cher. Parce que les pirates du livres ne sont pas les mêmes que les pirates de la musique, ils ont capitalisé sur l’expérience passée, ils ont même anticipé sur l’immobilisme des éditeurs français. Et je pense qu’une fois qu’ils auront pris leur vitesse de croisière, les rattraper sera difficile, très difficile.

Les choses bougent côté grand public. Carrefour et Darty se mettent à vendre des liseuses et du contenu. Par l’intermédiaire de plateformes existantes (Numilog pour les deux) donc avec des DRM, et une navigation à revoir. Mais ça bouge. La liseuse n’est plus un outil sortant de labo pour geek. E-pagine vient de mettre en test dans quelques librairie des « bornes » permettant d’acheter des livres numériques dans ces librairies. Oui, bon, des livres avec DRM et chers. (Il n’y peuvent rien, les éditeurs dictent leurs lois …). J’ose espérer que les retours concernant l’ergonomie de navigation sur la plateforme seront pris en compte car venant du public … Mais là encore ça bouge. Alors si on ne veut pas dégouter le public de l’offre numérique, faut arrêter de déconner.

Ah, je tenais quand même à remercier tous les gros éditeurs. Grâce à eux, je ne lis plus essentiellement de la littérature de l’imaginaire. L’offre numérique de ce domaine étant si pauvre et si chère que je me suis tourné vers de la littérature numérique dite « blanche ». Mais bien entendu, chez des « petits » éditeurs qui ne vendent pas cher et sans DRM. Rassurez-vous donc, avec moi, vous n’avez pas perdu un client. Ce sont les autres qui en ont gagné un.

Ah aussi, un truc évident. Mais ça va surement mieux en le disant. Mesdames et messieurs les auteurs à qui l’on propose un contrat numérique où les droits d’auteurs ne sont pas supérieurs et largement supérieurs aux droits papier, refusez de signer ce contrat. Par pitié, refusez. Rien ne justifie des droits d’auteur aussi miséreux.
Je sais que c’est ce qui se passe actuellement, et que ça énerve d’ailleurs ces gros éditeurs. Continuez, répandez l’information auprès des autres auteurs.

Digiborigène je suis.

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Playlist musicale :
Antony & The Johnsons – Swanlights

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